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L’enquête interne est devenue un outil central pour les organisations confrontées à des risques éthiques, disciplinaires ou réglementaires. Elle intervient souvent dans des contextes sensibles : signalements de harcèlement, soupçons de fraude, conflits d’intérêts, comportements contraires au code éthique, non-conformité réglementaire ou encore interrogations sur la gestion des données.
Ces situations créent un climat de tension où l’entreprise doit réagir rapidement tout en garantissant une méthodologie irréprochable. Une enquête mal menée peut fragiliser la confiance interne, exposer l’entreprise à des sanctions ou compromettre la résolution du problème. À l’inverse, une enquête conduit à une clarification des faits, une amélioration durable des pratiques et une protection accrue des salariés et des dirigeants.
« Une enquête interne bien réalisée n’est pas un geste défensif : c’est un acte de gouvernance responsable. »
Chaque enquête commence par un signalement, qu’il provienne d’un lanceur d’alerte, d’un manager, d’un collaborateur ou d’un prestataire externe. La première étape consiste à analyser ce signalement pour déterminer s’il relève réellement d’une enquête interne ou d’un simple traitement RH.
Une fois l’enquête ouverte, un cadrage strict doit être posé : nature des faits, périmètre, sources potentielles, risques immédiats pour les personnes et pour l’entreprise, niveau de confidentialité… Ce cadrage constitue la colonne vertébrale de tout le processus. Il garantit que l’enquête ne s’étendra pas au-delà de ce qui est nécessaire et qu’elle respectera les principes de proportionnalité et de protection des données.
Les auditions représentent souvent le moment le plus délicat d’une enquête interne. Elles doivent être conduites dans un climat neutre, respectueux et juridiquement sécurisant pour toutes les parties. L’objectif n’est pas de “piéger” mais de comprendre, clarifier et objectiver les faits.
Il est essentiel que l’enquêteur conserve une attitude totalement impartiale, y compris dans la formulation des questions et dans l’analyse des réponses. Les personnes entendues doivent être informées du cadre, de leurs droits et des suites possibles de l’enquête. Un compte rendu fidèle et transparent permet ensuite d’éviter les contestations ou accusations de partialité.
Au-delà des auditions, l’enquête peut nécessiter la consultation de nombreux éléments : courriels professionnels, rapports internes, fichiers, échanges sur des outils de communication, historiques d’accès, contrats, politiques de conformité…
L’analyse doit être à la fois minutieuse et proportionnée. L’entreprise doit s’assurer que la collecte respecte le droit du travail, la vie privée, les règles internes et la législation sur les données personnelles. Toute approximation ou irrégularité peut rendre l’enquête contestable, voire exploitable contre l’entreprise en cas de litige.
À l’issue de l’enquête, un rapport clair, structuré et objectif doit être rédigé. Ce rapport ne se limite pas à un simple récit : il évalue les faits, identifie les manquements, mesure les risques juridiques et propose éventuellement des mesures correctives.
Ce travail permet à la direction de prendre des décisions éclairées, qu’il s’agisse de sanctions disciplinaires, de réajustements organisationnels, de formations ou de révisions de procédures internes. Une enquête bien formalisée devient un outil de protection juridique essentiel pour l’entreprise en cas de contentieux ultérieur.
Une enquête interne ne doit jamais être considérée comme un évènement isolé. Au contraire, elle s’intègre dans un dispositif plus large de conformité, de prévention des risques et de culture éthique. Elle permet d’identifier les failles dans les processus internes et d’ajuster les politiques de gouvernance.
Dans une entreprise mature, l’enquête interne devient un outil d’amélioration continue. Elle alimente la réflexion sur la formation, la communication interne, le rôle des managers et les mécanismes de signalement. Elle contribue enfin à renforcer la confiance entre les collaborateurs et la direction.
Les exigences réglementaires ne cessant d’évoluer, les entreprises doivent adopter une posture proactive. Formaliser des procédures d’enquête, désigner des référents internes, externaliser lorsque nécessaire, former les managers ou structurer un canal de signalement sécurisé deviennent des réflexes indispensables.
Au-delà de l’enjeu juridique, il existe un enjeu humain : offrir un cadre où chaque collaborateur peut s’exprimer, être entendu et protégé. Une entreprise qui intègre réellement ces principes gagne en sérénité, en transparence et en crédibilité, tant en interne qu’auprès de ses partenaires externes.
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